Et je suis devenue femme sans la joie de l’être. Peut-être que je plaisais, je ne le croyais pas. Peut-être que j’étais belle, mais jamais jolie. Ou peut-être les deux, dans les yeux des autres. Mais ces regards ne m’incluaient pas. Je restais en dehors du jeu, en dehors de cette légèreté, cette jouissance subtile qu’offre l’assurance d’être belle, quand on l’a su très tôt, quand on l’a intégré comme un droit, et non comme une faute. J’ai compris plus tard, en désapprouvant ce que j’avais cru, qu’on ne détourne pas les yeux de ce qui passe. Au contraire. C’est parce que la beauté est éphémère qu’il faut la voir, la reconnaître tant qu’elle nous traverse. La chérir avant qu’elle ne s’efface. S’aimer à tous les âges. Parfois pour ses formes. Parfois pour sa lumière. Parfois pour ce que l’on dégage. Parfois pour ce que le corps accomplit, malgré toutes les peines.