On croit souvent connaître sa ville… à tort. Plus les lieux nous sont proches, plus on les repousse, comme si l’évidence rendait leur beauté invisible. Bordeaux est ma ville depuis treize ans. J’y ai étudié, grandi, aimé, observé. J’y ai vu des visages passer, d’autres rester. Et moi, je suis là, presque bordelaise même si je ne bois pas une goutte de vin, cet emblème universel de la région.
Alors laissez-moi vous embarquer sur le « Burdigala II », un bateau qui porte le nom antique de Bordeaux. « Burdigala », ce mot un peu rugueux, vient des racines aquitaniques burd- (boueux) et -gala (abri). Autrement dit : « un abri dans les marais ». Pas très glamour… et pourtant, de ces boues est née l’une des plus belles cités de France. (Ps: vous retrouverez l’article en anglais :ici)
Le pont de pierre
Premier arrêt : le célèbre pont de pierre. Construit sous Napoléon Ier entre 1810 et 1822, il fut inauguré… trois mois après la mort de l’Empereur. Long de 487 mètres, il compte 17 arches qui défient encore aujourd’hui les courants puissants de la Garonne. À l’époque, le traverser n’était pas gratuit : une taxe était exigée ! Et petite anecdote : en 1909, certains rêvaient même d’ouvrir le pont au trafic fluvial en le sciant au milieu.



La place de la Bourse et son miroir d’eau
Joyau du XVIIIᵉ siècle, la Place de la Bourse est l’une des premières places royales d’Europe, jumelle de la Place Vendôme à Paris. Aujourd’hui, elle s’illustre surtout par son miroir d’eau, le plus grand au monde inauguré en 2006. À ses côtés, la Fontaine des Trois Grâces rend hommage aux filles de Zeus, et l’imposant bâtiment des Douanes rappelle que Bordeaux fut longtemps une ville de commerce et d’échanges.



La place des Quinconces
Immense, ouverte, presque théâtrale : la Place des Quinconces est la plus vaste d’Europe. Elle s’étend là où se dressait jadis le redoutable Château Trompette, détruit par les Bordelais en 1650. Son nom vient de l’alignement de ses arbres, plantés en quinconce. Aujourd’hui, c’est un lieu de rassemblement, animé par des foires, des concerts et des fêtes, dominé par le monument aux Girondins.

Les Chartrons et leurs hangars
Cap ensuite vers les quais des Chartrons, cœur battant du Bordeaux marchand. Aliénor d’Aquitaine, en épousant Henri Plantagenêt, fit entrer Bordeaux dans l’orbite anglaise pour trois siècles. C’est ici que s’écrivait l’histoire du vin, troqué contre sucre, épices, vanille ou or. Les hangars, construits en 1925, servaient à stocker ces richesses. Abandonnés au XXᵉ siècle, ils furent rénovés : aujourd’hui, ils abritent restaurants, expositions et balades ensoleillées.
Le pont Chaban-Delmas
Inauguré en 2013, le pont Chaban-Delmas est le plus grand pont levant d’Europe. Grâce à son système hydraulique, son tablier peut s’élever à 53 mètres en seulement onze minutes pour laisser passer les paquebots. De nuit, ses pylônes s’illuminent en bleu ou en vert selon la marée. Son nom rend hommage à Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux durant près de cinquante ans.




La Cité du Vin
Difficile de la manquer : avec sa silhouette futuriste, la Cité du Vin intrigue autant qu’elle fascine. Inaugurée en 2016, elle rend hommage au vin sous toutes ses formes, à travers des expositions et des dégustations. Sa structure évoque à la fois le mouvement du vin dans un verre et les reflets de la Garonne. Du belvédère, la vue panoramique sur Bordeaux vaut à elle seule la visite.

Le pont d’Aquitaine
Ouvert en 1967, ce pont suspendu boucle la rocade bordelaise. Avec ses 1,7 km de long, il impressionne. Mais le jour de son inauguration, la foule qui le traversait provoqua des oscillations spectaculaires : le pont ondulait comme une vague ! Plus de peur que de mal, mais une histoire que les Bordelais aiment encore raconter.



Bassens, l’autre port
En descendant vers Bassens, on découvre l’autre visage de Bordeaux : celui de son activité portuaire. Construit en partie par les Américains en 1917, il sert aujourd’hui au transport de céréales, de produits chimiques, de vrac et de conteneurs. C’est aussi là que les navires en fin de vie sont démantelés et recyclés, rappelant que la Garonne est non seulement un fleuve de beauté mais aussi de travail.



Les douceurs de Bordeaux
Et comment conclure sans parler de gourmandise ? Les cannelés, cette pâtisserie mythique, seraient nés dans un couvent bordelais. Jaune d’œuf, vanille, rhum… la pâte, cuite dans un moule de cuivre, révèle un cœur tendre et une croûte caramélisée. Autrefois, les blancs d’œufs étaient utilisés pour clarifier le vin, laissant aux religieuses le soin d’imaginer quoi faire des jaunes restants. Merci à elles pour ce trésor sucré !



En guise d’au revoir…
Cette croisière n’était pas seulement un voyage sur l’eau, mais une traversée de l’histoire de Bordeaux : romaine, médiévale, marchande, moderne. La Garonne n’est pas qu’un décor : elle est la colonne vertébrale de la ville, le miroir de ses splendeurs et de ses métamorphoses.
Écrit par Aliane UMUTONIWASE
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Belle balade, merci de nous partager cette aventure