Voyage: Blaye, la citadelle des secrets

On nous promet l’avènement de l’intelligence artificielle, mais rien ne remplacera jamais un guide en chair et en os, riche de mille anecdotes et d’autant d’émotions.
Ce week-end, je suis partie à la découverte de Blaye. Ce n’était pas prévu : je rendais simplement visite à un ami. Et comme souvent, ces lieux où vivent nos proches recèlent des trésors insoupçonnés.
En bavardant, mon ami évoqua la citadelle, accessible gratuitement, sauf pour la visite des souterrains. Il n’en fallut pas plus pour éveiller ma curiosité.

La Citadelle et le génie de Vauban

La visite démarra sur la place d’armes, au cœur de la citadelle.
C’est ici que j’appris que Louis XIV, conscient des menaces venues de l’Atlantique, avait confié à Vauban la mission de protéger Bordeaux.  Son plan ? Créer un verrou défensif en bâtissant :

La Citadelle de Blaye (rive droite),
Le Fort Paté (sur l’île du même nom, au milieu de l’estuaire),
Le Fort Médoc (rive gauche).

À eux trois, ils croisaient leurs feux pour verrouiller l’accès de la Gironde, empêchant ainsi toute flotte ennemie de remonter vers Bordeaux.

Trésors cachés et souvenirs d’époque

À l’intérieur des remparts, le passé s’invite au détour de chaque pierre :  
les modestes couchettes des soldats, les vastes logements des officiers, les ruines du couvent des Minimes, une petite vigne rescapée.
La hiérarchie sociale ne laissait aucun doute : même à l’ombre des canons, les différences de rang étaient marquées.

Le génie architectural de Vauban se lit dans :

La forme en étoile pour maximiser les lignes de tir,
Les bastions pour défendre sans angle mort,
Les demi-lunes pour amortir les assauts.

Tout était pensé pour protéger, dissuader, tenir bon.

Dans les souterrains : le ventre de la forteresse

La seconde partie de la visite se déroula sous terre. Un tunnel ovale, une porte renforcée, des escaliers abrupts : tout était conçu pour freiner les envahisseurs.  Les aérations permettaient d’évacuer la fumée des fusils, et de petites salles abritaient les canonniers.Sous la pierre, on sent encore battre la mémoire de ceux qui ont vécu l’attente, la peur, l’endurance.

Et au final… Ont-ils servi ?

En partie.
La citadelle assura longtemps la protection de Bordeaux.

– En 1832, elle servit de prison pour la duchesse de Berry , arrêtée après un soulèvement manqué contre Louis-Philippe.
– Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands utilisèrent les souterrains pour entreposer leurs munitions.
Aujourd’hui, le verrou de l’estuaire est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, hommage au génie de Vauban et à l’histoire complexe du lieu. Blaye : une leçon gravée dans la pierre

En quittant Blaye, je me suis dit que l’histoire est écrite par des bâtisseurs autant que par des conquérants. Que la main qui construit est souvent aussi celle qui détruit. Visiter une forteresse, c’est accepter de voir l’humain tel qu’il est : capable du plus grand génie comme du plus grand désastre.

Sous les bastions de Blaye, j’ai entendu battre le cœur d’une époque révolue.  Un cœur lourd de grandeur, mais aussi de contradictions.

« Le passé garde la trace de nos failles, mais aujourd’hui encore, chacun est maître de son avenir. » Ai-je noté dans mon carnet 

Écrit par Aliane UMUTONIWASE

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