Ce soir encore, tu te coucheras tard ; moi, je dormirai tôt.
Ce matin encore, tu te réveilleras avant l’aube ; moi, je me lèverai tard.
Tu me parleras avec ce ton ferme, peuplé de « il faut ». Je penserai que tu m’enfermes et j’oublierai aussitôt tous les « elle fait bien » que tu gardes souvent pour toi.
Demain encore, tu t’inquiéteras avec tes éternels « mon enfant ». Demain encore, je te répondrai : Je ne suis plus celle d’hier. Je suis adulte.
Et toi, tu continueras à me regarder comme on regarde un être dont une partie de soi s’est détachée pour marcher seule dans le monde.
Tu te tairas peut-être.
Tu souriras parfois.
Et tu pleureras intérieurement plus souvent que je ne le saurai. Car il y a des choses que seules les mères portent en silence.
À toi, maman, dont le nom propre s’efface derrière ce nom commun que tant d’enfants prononcent chaque jour, mais qui demeure l’un des plus grands mots de la langue des hommes : maman.
À toi, maman, à la fête de ma naissance et à l’évanouissement de tant de nuits paisibles. Certains parleront de renoncements ; toi, tu diras simplement : « Ma fille ».
À toi, mère imparfaite, apprentie de toujours, qui, devant l’autel, as prononcé un oui dont sont nés tant d’autres oui : oui à l’enfant, puis aux enfants. Ô mère.
À toi que j’ai parfois jugée avec la sévérité de celles qui ne savent pas encore tout ce que coûte l’amour.
À toi à qui je ne pardonne rien certains jours, et qui me pardonne tout, quoi qu’il en coûte. À toi, lionne.
À toi, maman, premier refuge, premier regard, premier amour de tout être naissant.
À toi, refuge où l’on revient sans avoir à expliquer pourquoi.
À toi, reine qui n’a jamais porté de couronne que celle de ses nuits sans sommeil.
À toi, amie que je n’ai pas toujours su voir comme telle.
À toi, toute belle malgré les années, malgré les inquiétudes, malgré les fatigues que nous avons déposées sur tes épaules.
À toi, toute ma vie terrestre, toi qui me confies au céleste afin que je n’oublie jamais la vraie patrie.
À toi l’amour.
À toi ma source.
À toi ma mère.
Merci.
Ce que tu m’as donné, maman, d’autres l’ont donné à ceux qu’elles aimaient. Je pense à elles.
Et parce que cet amour-là ne peut appartenir qu’à toutes, je pense aussi à toutes les mères du monde.
À celles qui s’en sortent tant bien que mal.
À celles qui ne savent pas toujours comment aimer, mais qui n’abandonnent jamais l’idée d’apprendre.
À celles qui ont appris à aimer en apprenant à vivre, sans que personne ne leur ait montré comment.
À celles dont les bras sont vides et dont le cœur continue pourtant de porter un enfant.
À celles qui essaient.
À celles qui tombent puis recommencent.
À celles qui nous aiment.
À celles qui nous donnent tout. Et à toutes ces mamans à qui nous donnons souvent trop peu, faute de savoir aimer avec autant de générosité qu’elles.
Bonne fête à vous. Et merci d’avoir fait du mot maman une adresse que l’on n’oublie jamais, même quand on ne sait plus très bien vers qui la prononcer.
Écrit par Aliane UMUTONIWASE