À toi papa

Cher Papa,
Aujourd’hui, c’est la fête des pères.
J’aurais pu t’écrire une lettre de plus. Une de celles où je viens te raconter mes peurs, mes doutes ou les détours de ma vie. J’aurais pu chercher de belles phrases, celles qui donnent l’impression de savoir écrire. Pourtant, au moment de commencer, rien ne me semblait assez juste.

Comment remercier celui qui a toujours été là ?

Je pourrais convoquer les souvenirs. Les années. Les scènes de l’enfance. Je pourrais raconter la guerre, les départs, les déménagements, les peurs de la nuit ou les chagrins que tu as apaisés. Je pourrais rappeler tout ce que tu as fait. Mais je crois que je n’en ai même pas besoin.

Le présent suffit.
Ce matin encore, tu m’as simplement dit : « Bonjour ma fille. »
Et j’ai répondu : « Bonjour Papa. »
Puis la journée a continué.

Cela paraît insignifiant. Pourtant, tout est là. Tu as toujours été cet homme qui ne cherche pas à occuper toute la place. Tu es resté là où un père doit être : suffisamment proche pour protéger, suffisamment discret pour laisser grandir. Tu n’as jamais été un héros de roman. Tu n’as jamais cherché à être admiré. Tu as simplement été mon père. Et c’est précisément pour cela que je t’admire.

Je ne t’ai jamais perdu.
Je n’ai jamais connu l’attente d’un père absent, les promesses non tenues, les retours incertains ou les départs répétés. Tu n’es pas de ceux qu’on perd, retrouve puis reperd sans cesse. Tu es de ceux qui demeurent.
Tu as été un repère avant même que je comprenne ce qu’était un repère.
Longtemps, je l’ai considéré comme une évidence. Comme les enfants considèrent le soleil : il est là, alors ils ne pensent pas à le remercier d’éclairer leurs journées.

Aujourd’hui, je mesure la chance que j’ai eue.
La vie m’a appris que tous les enfants ne grandissent pas avec cette certitude tranquille : celle de pouvoir appeler leur père et savoir qu’il répondra.
Moi, j’ai grandi avec cette certitude. Et elle m’a construite plus que je ne l’imaginais.

Au moment où je t’écris, je suis devenue l’épouse d’un autre homme.
Tu m’as confiée à quelqu’un qui m’aime, mais qui ne connaîtra jamais complètement l’enfant que j’ai été. Il ne saura jamais tout à fait celle qui avait peur de la nuit, celle qui cherchait ta main, celle qui avançait dans le monde en sachant que son père veillait quelque part.
Cette petite fille appartient à notre histoire.

Mais la femme qu’il aime aujourd’hui porte encore ton empreinte.
Ce que je n’ai jamais craint des hommes, je te le dois.
La confiance que j’ai placée dans l’amour, je te la dois.
Les exigences que je me suis autorisées à avoir, le respect que je considère comme normal, la tendresse que j’attends sans honte, je te les dois aussi.
Sans le savoir, tu m’as appris ce qu’une femme mérite.
Je crois même qu’il y a toujours un peu d’un père dans le choix de l’homme qu’une fille finit par aimer.
Non parce qu’elle cherche à retrouver son père.
Mais parce qu’elle a appris auprès de lui ce que signifie être respectée.

Tu m’as élevée dans l’idée que naître fille n’était pas une faiblesse.
Tu m’as appris qu’une fille pouvait penser, choisir, rêver, partir, revenir, se tromper, recommencer et devenir elle-même.
Merci de m’avoir élevée pour être une fille qui s’élève.
Merci de m’avoir permis de devenir une femme qui rêve.
Merci de m’avoir laissé devenir moi.
Simplement moi.

Je te remercie pour l’amour qui ne s’achète pas.
Je te remercie pour la vie que tu m’as donnée.
Je te remercie pour toutes ces choses que les enfants comprennent tardivement, lorsqu’ils deviennent adultes à leur tour.
Je ne sais pas combien d’années nous restent à partager.

Je sais seulement que, tant que tu seras là, une partie de moi continuera d’être cette petite fille qui entend :

« Bonjour ma fille. » Et qui répond :
« Bonjour Papa. »
Avec la même joie tranquille.
À l’homme qui m’a donné la vie.
À l’homme qui m’a appris à regarder le monde.
À l’homme qui m’a offert un toit, une famille et une confiance immense.
À l’homme qui m’a donné bien plus que je n’aurais jamais osé exiger.

Bonne fête, Papa.

Ta fille.

Écrit par Aliane UMUTONIWASE

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