Des lundis qui passent, des articles qui naissent.
La semaine dernière, c’était un lundi particulier. Il marquait le début de la commémoration du génocide perpétré contre les Tutsis. Une journée comme les autres pour beaucoup, mais lourde de sens et de mémoire pour nous, les Rwandais. En effet, une période de mémoire s’ouvre, avec sa charge de tristesse, de veille, de réveil aussi. Une période où l’on se rappelle que tout est encore à reconstruire nos liens, nos récits, notre humanité.
Reconstruire, instruire, transmettre… pour que plus jamais rien ne nous trouble au point de revivre l’invivable.
Ce lundi, c’est une autre mémoire qui s’éveille celle des chrétiens, avec l’entrée dans la Semaine sainte. Une semaine sacrée dans le cœur de l’Église catholique : elle traverse la douleur du Golgotha et le silence du tombeau, mais porte en elle l’espérance, la promesse d’une lumière, LA RÉSURRECTION.
Ayant grandi dans la foi catholique, j’accueille cette semaine avec une intériorité plus vive qu’à Noël ou toute autre fête, elle me touche. Peut-être parce qu’elle met à nu l’humanité, dans ce qu’elle a de fragile, de traître, de fidèle, d’héroïque parfois.
Dans la Passion de Jésus, je ne me projette pas en lui.
Je me reconnais dans ceux qui l’entourent, le condamnent, le soutiennent, l’abandonnent.
Je suis Pierre, qui l’a renié trois fois (Luc 22, 61).
Je suis Jean, qui l’a suivi de loin jusqu’à la croix (Jean 19, 26-27).
Je suis Judas, qui l’a trahi d’un baiser (Matthieu 26, 47-50).
Je suis Simon de Cyrène, contraint mais présent, qui l’aidait à porter la croix (Luc 23, 26).
Je suis la foule, changeante, qui criait : « Crucifie-le ! » (Luc 23, 21).
Je suis Pilate, lâche, lavant ses mains mais non sa conscience (Matthieu 27, 24).
Je suis Véronique, selon la tradition, qui essuie un visage plein de sang.
Je suis Marie, silencieuse, debout dans la douleur.
Je suis ces femmes à qui Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi. Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants. » (Luc 23, 28).
La Semaine sainte me révèle à moi-même. Elle met à nu mes manques, mes fuites, mes élans aussi. L’acte du Christ m’émeut, me dépasse, me redonne souffle.
Même sans être croyant, il me semble qu’on peut y voir une histoire belle, tragique, profondément humaine et, peut-être, une forme d’espérance.
Ce lundi saint, je n’avais pas prévu d’écrire. Mais je l’ai fait, fidèle à ce rendez-vous du cœur.
Je souhaite à tous les chrétiens une belle Semaine sainte profonde, paisible, vivante.
Écrit par Aliane UMUTONIWASE