Les mois passent, d’autres viennent. La promesse, elle, reste la même : être là. Et faire de ce temps qui nous est donné un temps de vie à la hauteur de la vie.
En mars, mes pensées sont souvent revenues à l’amitié. Peut-être parce que j’ai passé du temps à Mérignac, chez une amie, ou à Pessac. Peut-être aussi à cause de quelques appels venus de Paris, comme des rappels discrets que la vie n’a de sens qu’à travers ceux qui la partagent avec nous et que les vivants comptent, quand ce sont des amis.
Ces fragments parlent aussi de la vie, du temps, du corps, du doute, selon l’humeur du jour. Vous y devinerez sans peine la météo de mes émotions.
- Les mois, le temps, ont été inventés pour compartimenter la vie, pour l’orienter, pour s’en protéger et nourrir l’espoir d’une fin — quand la vie n’est pas à la hauteur. Une fin qui viendrait clore l’hiver de l’épreuve, conjurer le désespoir d’une existence décevante, et offrir l’illusion douce de débuts toujours renouvelés.
- Quand je suis heureuse ou crois l’être, les mots se mettent en arrière-plan pour me laisser ressentir cette félicité. L’intelligence n’entre plus en jeu. C’est à ce moment-là que je me dis que si je restais ainsi, je me déconnecterais de tout, même de moi-même. La tension me fait rentrer dans la compassion et dans la vie du monde. Le bonheur suffit pour faire d’un jardin son monde, mais reste insuffisant pour comprendre le monde. Je chéris autant la douleur que la douceur qu’offre la vie.
- On ignore souvent où le vent nous mène, où notre curiosité nous embarque, et qui débarque lorsque l’on laisse entrer d’autres connaissances. Apprendre, c’est se dépouiller perpétuellement, faire un deuil heureux de ce que l’on est et devenir un autre nous, en permanence !
- La vie est une histoire de fouille, d’apprentissage et de découverte. Une histoire continue, permanente, même dans l’impermanence ; infinie, même dans la finitude. La vie est une histoire sans fin et nous, une histoire indéterminée, toujours à révéler, toujours à écrire, toujours à décrire !
- Si je devais demander une faveur à Dieu, ce serait l’abnégation, la persévérance dans l’effort. Cette force qui nous tire de nos torpeurs et tourments pour nous faire traverser les vallées de larmes, de peurs et de souffrances. Si je devais aspirer à une seule chose, ce serait de ne jamais abandonner la vie au profit du désespoir, de l’apitoiement, du désistement !
- La vie est faite de joies, de partages et d’amour. De tous les amours, j’admire l’amitié : lorsque les âmes se hissent à la hauteur des enjeux. Se risquer à aimer sans rempart, sans contrat ni sang. Les amis s’aiment, non par devoir mais par choix, non par désir charnel mais par une connexion spirituelle.
- Le corps ne cesse de dialoguer, d’avertir et de divertir. L’écouter est la plus grande déclaration d’amour qui soit.
- Ces kilos que l’on perd avec foi sont une cure que l’on s’offre avec joie. Une chance d’être bien dans sa peau, d’être vue sans en éprouver de honte.
- Autrui nous renseigne sur nous-mêmes, sur notre capacité à interagir, à nous conduire, à nous débrouiller, à créer des liens, mais aussi sur nos failles personnelles.
- La vie a des hauts qui nous transportent, des bas qui nous transpercent, et l’entre-deux qui nous traverse nous versant tantôt dans l’ennui, fruit d’un bonheur qui s’éternise, tantôt dans le doute, fruit d’une longue attente.
- La vie est un surprenant voyage, un jeu où les enjeux sont banals et importants, où les fêtes se mêlent aux défaites. Où le doute s’inscrit avec la détermination, où ces théâtres se jouent sur une seule et même scène.
- Les pensées sont des matières premières. Heureux sont ceux qui en ont de belles, chanceux ceux qui en retiennent de valables, riches ceux qui en trouvent les meilleures !
- Même quand on croit tout savoir, mieux vaut apprendre encore et encore. Il y a toujours une surprise, un sursaut, un inconnu, un « plus » qui se cache quelque part et qui ne se révèle qu’à celui ou celle qui méprise ses propres certitudes et accepte sa part d’ignorance.
- Il y a des jours banals et des jours conquêtes. La différence entre les deux ? La conscience de ses actes, la joie que l’on éprouve en y repensant, cette force que l’on se découvre quand on se voit à l’œuvre de notre plus grand chef-d’œuvre : notre vie !
- Grandir, c’est aussi se rendre compte à regret peut-être, que l’on n’aime pas infiniment, que la vie change, et qu’en échange, elle nous donne, nous ôte inexorablement. Les âges de la vie ont quelque chose de l’ordre du dépouillement, du deuil éternel, des adieux aux multiples couleurs.
- J’apprends à m’ouvrir et à me découvrir, petit à petit. Cela passe par l’étonnement, par un regard banal et bienveillant. Cela passe par l’appréciation de la nourriture, et d’autres choses de la vie.
- Le bonheur, le vrai, c’est de voir son corps et son cœur se tenir debout, prêts à affronter n’importe quel obstacle. Les voir se soutenir pour créer d’autres souvenirs, nés des souffrances choisies et des sacrifices qui en valaient la peine.
- Dans ce monde où la vitesse est devenue l’atout majeur, j’apprécie mes « juste à temps » : cette zone que beaucoup tronquent pour abréger, jusqu’à abroger, l’instant présent. Cette zone où, à l’arrivée, il y a très peu de gens. Je suis satisfaite de ma vie et je ne l’échangerais jamais contre un bravo.
- Les gens aux apparences vertueuses sont souvent les plus rigides et cruels. Ils s’imposent une vie sans faute, et quand ils en commettent, ils tentent de les oublier là où le mieux aurait été de les assumer. Ils tentent de les nier là où ils auraient dû apprendre à apprendre, à comprendre, pour ne plus dépendre d’une vie feinte.
- Je pense souvent à la mort, à ma mort, à ce qui me tuerait, à ce qui me tuera. Je pense aussi à la vie, à ma vie, à ce que je laisserai de significatif, à ce que je ferai si le malheur arrivait de mon vivant. Je ne pense pas seulement ma mort, je pense à la mort des êtres chers, et cette pensée se heurte à l’invisible, à l’inconnu, à l’ignorance, mon ignorance.
- La vie est faite de plusieurs composantes. Pour certaines, il faut s’en remettre au destin ; pour d’autres, il faut se battre, se débattre, afin d’aller chercher ce qui est nôtre.
- La vie est faite d’amis, ces miroirs qui reflètent ce que l’on est, ce que l’on aime, ce que l’on ne peut voir qu’à travers les yeux d’autrui. Les amis ne nous voient pas seulement tels que nous sommes, mais également tels que nous pourrions devenir si nous croyions en nous ; tels que nous pourrions ne pas être si nous nous aimions davantage.
- Une chose à la fois : voilà ce qui marche chez moi. Me hâter à tout faire : voilà ce qui défait, ralentit, et piétine mes efforts.
- Tout ne peut nous plaire, mais tout est susceptible de nous apporter quelque chose, de nous mener quelque part, de nous enseigner quelque chose, en nous renseignant sur nous-mêmes, sur nos émotions, nos intérêts et nos désintérêts. Le plein et le vide s’apprennent !
- La vie est faite d’imprévus, de belles surprises et de chutes que l’on n’avait pas vues venir. Ces moments qui nous rappellent que l’on est faillible et que le reconnaître est la plus grande, et souvent la plus manquante, de nos forces.
- La vie est faite de moments mirages, de moments miracles, de moments de milliers de choses. La vivre consciemment relève d’un amour infini. J’aime ma vie et son lot de miracles, de mystères, et des histoires qu’il me plaît de vivre et d’être actrice principale ou figurante.
- La vie est un fil où tout s’enchaîne, avec ordre ou sans logique aucune. La vie est la surprise ultime des vivants. Un don, à l’origine de tous les dons.
- Que savons-nous vraiment de notre inconscient ? Peu de choses !
- L’une des vertus de la vie, c’est l’oubli. L’un de ses mystères, c’est le désamour et le désintéressement. Ce temps que l’on donne au temps pour nous essuyer les pleurs que l’on ne pouvait essuyer. Ce temps où l’espoir, le désespoir, la colère, la tristesse, s’alternent tour à tour, nous couchant sans nous enterrer, puis nous laissant vivre avec, comme cadeau : l’oubli et le souvenir classé.
- La vie est faite de douceurs. La plus délicieuse de toutes : l’amitié. Dans cette vie, j’ai toujours eu quelqu’un pour me tenir la main, pour me laisser me réchauffer dans ses bras. J’ai eu la chance de ne pas en avoir beaucoup, ce qui m’a tenue, toujours, à l’écart de l’hypocrisie.
- La vie est une question d’ajustement !
Écrit par Aliane UMUTONIWASE
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