Fragments d’un poids : Les petits pas

Ce matin, comme les matins précédents depuis le début de l’année, la balance recule, pour mon plus grand bonheur. Seule moi sais combien j’ai souffert de ce corps que j’aurais voulu invisible, à l’instant même où il prenait toute la place, me prenant toute ma confiance, m’empêchant d’aimer ne serait-ce qu’une seule parcelle de moi. Un gramme de gras pour un gramme de drame, dans mon cœur chancelant.

Il fut un temps où perdre du poids était un jeu pour moi. Puis un matin, mon corps a cessé de jouer.
Je ne pouvais plus former, informer, déformer ce corps à ma guise. Sans que je le comprenne, je ne pouvais plus rien perdre sans effort. Et cela m’a fait toucher le fond. La vie, la chance, la simplicité, la légèreté… tout avait fui.
Il ne restait qu’un bazar, un hasard et du brouillard.

Puis cette année, j’ai commencé avec quelques résolutions.
Embrasser les petits pas,
chasser les « pas du tout » pour embrasser les « après tout »,
cesser les « pourquoi moi ? » pour croire aux « pourquoi pas moi ? »
Je n’avais rien à perdre. J’avais tout perdu, sauf le poids de mon corps, celui de mon cœur et celui de mon chagrin.
C’est ainsi que j’ai commencé. C’est ainsi que j’ai formulé les premiers « comment faire ». C’est ainsi que j’ai entrepris ce voyage.

Ce matin, j’ai pensé au chemin parcouru, un chemin que je raconterai peut-être un jour en long et en large. Et je me suis fait la réflexion suivante : les petits pas sont, en réalité, des pas de géants.
Si j’écris cet article, ce n’est pas pour dire que j’y suis arrivée. Le corps est parfois traître… ou peut-être suis-je celle qui le trahit. Le chemin est long. Je ne suis pas à l’abri d’une rechute, d’un trébuchement, d’un basculement dans ma vie qui me ferait flancher.
Je ne suis pas à l’abri d’un corps gras, d’un cœur gros ou d’un poids lourd à porter. Mais ce dont je suis certaine, c’est que les gens tombent, touchent le fond… et que, si la providence est avec eux, ils remontent, escaladent leur montagne, émergent, reviennent, et se souviennent.
Aujourd’hui, je me souviens. Je reviens sur ce parcours.
En ce moment, je publie des séries de photos où mes amis et ma famille peuvent me voir. Cela me met un peu mal à l’aise. Je ne voudrais pas qu’ils pensent que je suis imbue de moi-même. Mais voilà : je voudrais qu’ils sachent que je suis de nouveau là.
Que je ne m’habille pas seulement pour couvrir mon corps, mais pour essayer toutes ces choses que je n’osais plus croire pouvoir encore porter.
J’apprivoise de nouveau ce sentiment d’exister.
D’aimer exister. Pour moi. Et dans le regard des autres.
J’éprouve un tas de choses qui me font plaisir, et d’autres qui me font peur.
Comme par exemple :
Et si jamais tu rechutais ? Et si tu échouais en plein vol ?

J’ai envie de répondre à cette voix :
Au moins, j’aurai eu ces instants où j’étais dans les ailes. Où je planais.
Avec des « si », on peut faire tout un monde.
On peut aussi le détruire.
Alors j’apprends à vivre le moment. À savourer chaque délice.

Merci à ceux qui disent « Ça te va bien ! »
Je vous réponds : Je me sens bien. Et merci pour tout.

Ma sœur m’a récemment envoyé une photo prise au musée du Moyen Âge de Cluny.J’ai été surprise : je ne me voyais pas aussi énorme.J’ai alors enfilé les mêmes vêtements.Le parallèle était sans appel.

À vous qui, comme moi, luttez contre différents poids de la vie : chaque pas, même tremblant, en vaut la peine. L’échec n’est jamais bien loin, c’est vrai, mais puissiez-vous toujours trouver l’échelle pour remonter.

« Le corps change, le regard aussi. Mais l’élan de se retrouver ne ment jamais. » ai-je noté dans mon carnet.

Écrit par Aliane UMUTONIWASE

2 réflexions sur “Fragments d’un poids : Les petits pas

  1. Biganiro

    Ta détermination définit ton destin. Reste déterminée!
    Crois en tes capacités, et tu verras que l’impossible devient possible
    Bon courage Aliane !!!

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