Cet article, Je vois le monde, tel que je suis, je l’ai écrit il y a quatre ans. Je l’avais gardé dans mes brouillons, comme on garde une trace de soi qu’on n’est pas encore prête à relire.
Aujourd’hui, alors que l’année s’écoule, j’ai replongé dans mes anciens écrits. En le retrouvant, je me suis dit qu’il méritait d’être partagé.
Après tout, c’était ma pensée d’alors pourquoi la juger ? Surtout maintenant, la voici:
Je vois des pères égarés, cherchant dans l’adultère la preuve d’une virilité qu’ils ne comprennent plus, et qui disent à leurs fils que c’est cela, être homme, être “de notre ère”. Je vois des mères fatiguées, murmurant à leurs filles que la fidélité se négocie et que, désormais, les foyers tiennent sur des compromis plus que sur l’amour.
Je vois des filles devenues femmes trop tôt, croyant que pour être aimées, il faut d’abord être désirées. En quête d’attention, elles s’exposent au regard du monde sans mesurer sa dureté. Leur fragilité se confond avec l’audace, et leurs gestes parfois troublent, là où elles cherchaient seulement à exister.
Je vois des garçons trembler en silence, prisonniers d’un courage imposé. Ils cachent leurs blessures sous des sourires durs, et plus tard, devenus hommes, leur colère n’est souvent qu’un langage qu’on ne leur a jamais appris à traduire.
Je vois des êtres hyperconnectés, prompts à réagir, à partager, à dénoncer, mais souvent incapables de nommer la cause qu’ils défendent. Ils s’inventent des convictions pour exister dans le regard des autres, oubliant que la vraie lutte commence en silence, loin des écrans.
Je vois des amis qui se jurent une loyauté éternelle, mais que la lumière des soirées mondaines suffit parfois à éblouir.
Je vois des couples à la mode qui confondent la passion du moment avec la patience du foyer. Ils s’exposent pour exister, se nourrissent d’apparences et d’éphémères “j’aime”, vite effacés au réveil.
Je vois des êtres esseulés, devenus critiques envers tout ce qui ressemble à l’amour. Ils dénoncent les illusions des couples sans voir qu’ils en portent eux-mêmes le désir. Derrière leur ironie se cache souvent une nostalgie, celle d’un amour qu’ils espéraient possible.
Je vois le monde… et pourtant, tant de sujets restent intouchables. Dans notre ère, critiquer une femme, c’est parfois être perçu comme ennemi de sa cause.
Être un homme courageux, c’est parfois laisser derrière soi des blessures qu’on ne mesure pas et l’inverse est tout aussi vrai.
Nous marchons sur un fil où chaque mot divise, où chaque silence est jugé. Ceci n’est pas un verdict, mais un regard celui d’une âme qui cherche à comprendre.
Je vois le monde non tel qu’il est, mais tel que je suis, traversée de doutes et d’espérance.
Je vous prie de lire ce texte avec une dose de compréhension.
Ce n’est qu’un cœur qui s’exprime, une âme en errance, traversant mille et une vies pour tenter d’intégrer le monde dans la sienne si brève, si fragile, si limitée par le temps. À lire aussi les fragments du mois d’Aout.
Écrit par ALIANE UMUTONIWASE
Excellent article, tu poses les mots justes sur les maux de notre société.
Merci beaucoup