Tout n’est, au fond, qu’une histoire de timing plus que de temps. Une affaire de peur plutôt que de paresse. Une quête de perfection qui finit par immobiliser davantage que l’inaction elle-même. Tout se joue dans la manière dont on perçoit la réalité, dans le regard que l’on pose sur soi, dans celui que l’on imagine posé sur nous, ce regard qui juge, auquel on donne un poids démesuré, jusqu’à s’y engloutir entièrement.
Ce matin, comme hier, dans cette chapelle d’adoration, j’ai réfléchi à ce qui me retient, moi qui déteste la paresse, moi qui respecte une discipline sans faille, moi qui me lève tôt, qui ordonne mes affaires, qui écrit sans cesse mais qui tremble à l’idée d’ouvrir son manuscrit.
Je songe à ma vie, à cette étrange capacité que j’ai à m’autosaboter, à me sentir pleinement légitime sur mon blog et soudain insignifiante devant un éditeur.
Cette joie d’écrire, cette souffrance d’écrire. Ce rêve de percer, cette peur d’être transpercée par un rêve trop grand. Cet espoir d’être remarquée sans avoir à me montrer. Cette prière un peu vaine.
Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé le travail bien fait. Je voulais exceller en tout. Donner du bonheur et offrir à mes parents une raison d’être fiers. Longtemps, je me suis contentée d’être heureuse parce que les autres l’étaient. Le bonheur par procuration, me direz-vous. Et pourtant, lorsque le bonheur des autres existe grâce à nous, il est aussi le nôtre.
Avoir des parents exigeants m’a appris à ne pas me contenter de peu avec tout ce que cela implique de force, mais aussi d’angoisses. Un cœur avide de grands succès se nourrit rarement de calme.
Avec mon cœur contemplatif, j’étais sans doute faite pour les petites victoires : les regards émerveillés posés sur la nature, l’éblouissement des choses simples qui préparent aux grandes. J’aurais pu monter les marches une à une ; l’ascenseur de l’existence me donnait le vertige. Je me suis perdue à quelques étages, alors j’ai choisi de redescendre prendre mes escaliers.
Je divague, je sais. Ce mois-ci, je me laisse aller aux confidences. Je m’abandonne à l’idée que dire mes maux, c’est déjà réduire leur emprise. Guérir, parfois, c’est décrire sa maladie pour qu’un vrai diagnostic apparaisse.
Ma résolution serait peut-être de me laisser porter par la vie, d’avancer à nu, de sortir mes manuscrits, de postuler enfin à ces postes auxquels je me suis refusée, convaincue d’être “trop peu”, “trop moins”, “trop rien” pour viser “les grands plus”.
Aujourd’hui, je m’enverrai cinq emails :
trois pour des métiers rêvés,
deux pour des métiers que mes compétences peuvent déjà embrasser.
Et peut-être qu’enfin, je monterai mes escaliers sans me retourner. Lire aussi les fragments de Novembre
Écrit par Aliane UMUTONIWASE