Dans ce minuscule village qu’est Fátima, je suis venue. Je suis venue voir ce que tant d’autres ont cherché avant moi. Ce qu’ils contemplent en arrivant ici, et j’ai vu… Mais qu’ai-je vu ? Sinon ce qui est, simplement. Je suis venue éprouver ce que d’autres ont éprouvé, ce qu’ils ressentent en pénétrant ce lieu empreint de mystère et de foi. Mais je n’y suis pas totalement parvenue. Que perçoivent-ils que je ne ressens pas ? En vérité, je l’ignore, mais je me plais à l’imaginer. Peut-être aperçoivent-ils le ciel là où moi, je m’efforce de déceler un sentiment qui refuse de se découvrir à moi.
J’ai vécu ma propre expérience : rien de mystique, rien d’extraordinaire, mais une sensation de différence. Je suis venue avec ma petitesse, mon engouement pour le beau et le magnifique, mon désir d’immortaliser ce moment. J’ai donc pris des photos. D’abord de moi, puis du lieu.
C’est ainsi que j’ai compris que la vertu ne dépend pas du lieu, que je ne suis pas plus noble ici que dans les rues de Lisbonne, de Bordeaux ou de Kigali. J’ai osé critiquer ce sanctuaire, le trouvant plus modeste et désert que Lourdes. Oui, je suis venue avec mes doutes et mes jugements. Déçue par mes propres pensées mais résolue à les accepter, j’ai continué à photographier, à observer ce ciel qui me paraissait trop gris, avant d’emprunter les escaliers menant à l’église.
Avant cela, j’avais déjà pris le temps de m’imprégner des extérieurs : la grande esplanade où les pèlerins avançaient à genoux, murmurant leur chapelet ; la majestueuse basilique de Notre-Dame-du-Rosaire, sobre et imposante ; le grand cœur rouge, vibrant d’histoire et commémorant le centenaire des apparitions ; la croix monumentale en acier, figée comme un appel silencieux ; et les statues de Saint Jean-Paul II et des bergers visionnaires, témoins d’un passé sacré. Tant de symboles, tant d’échos d’une ferveur qui m’échappait encore.
Puis, je suis entrée dans le sanctuaire de Notre-Dame de Fátima. J’ai voulu prier avant d’agrandir ma collection de clichés. Ici, tout était à l’image de l’extérieur : humble et lumineux. Dans cette austère beauté, j’ai cherché à être touchée par la grâce. J’avais le cœur lourd, et je priais…
Toute mon existence, j’ai récité des prières. À Fátima, j’aurais pu faire de même, car c’est ce qu’il y a de plus rassurant : on est certain d’avoir prié. Mais ici, pourtant, j’ai osé autre chose. J’ai osé parler. Parler de ma vie, de ce chaos que je tente d’apprivoiser. J’ai évoqué mes hébergements transitoires, ma solitude qui s’étire, mes inquiétudes qui s’accrochent. J’ai parlé de mes amis, ceux que j’ai cessé de considérer comme tels, ceux qui ignorent encore qu’ils comptent. J’ai évoqué ces étrangers qui, contre toute attente, m’ont offert un soutien inespéré.
J’ai parlé de ma famille, de ceux qui ressentent mes douleurs comme les leurs, de ceux qui souffriraient si je venais à rester dans l’ombre. J’ai murmuré le prénom de mon neveu, ce petit être qui m’a donné mille et une raisons de sourire. J’ai prié pour qu’il retrouve l’appétit. Et en parlant aux autres, en me parlant à moi-même, j’ai découvert un certain apaisement, une lumière discrète mais réelle.
Ici, à Fátima, je n’ai eu besoin d’aucun miracle. Me retrouver en ce lieu fut déjà une grâce. J’ai eu la chance d’exprimer ce que j’ai si souvent réprimé, d’oser critiquer les lieux, de prier sans réciter, tout en admirant ceux qui le faisaient avec foi. Allumer une bougie, non pas pour demander un exaucement, mais pour faire brûler un symbole de ma propre lumière intérieure, m’a permis d’aimer davantage ce sanctuaire. D’aimer ces lieux que tant visitent, ceux qui viennent ici non pas par superstition, mais pour espérer au lieu de désespérer, pour prier et ne pas sombrer, pour chercher un souffle de vie, une chance d’être touchés par la grâce, ou simplement pour être témoins d’une histoire plus grande qu’eux.
Fátima, un lieu de foi, un lieu de quête, un lieu où chacun dépose son silence et ses murmures en quête d’une réponse qui, parfois, réside dans l’écho même de nos propres paroles.









Écrit par Aliane UMUTONIWASE