Voyage: Lourdes

Nous sommes le 11 février. C’est la fête de Notre-Dame de Lourdes et la journée mondiale des malades. Aujourd’hui, je ne vais pas parler d’abord du lieu, mais de la première fois que j’ai entendu son nom. C’était dans la bouche de ma mère, dans ses prières incessantes. Elle concluait toujours par « Notre-Dame de Lourdes », et nous, à l’unisson, nous répondions : « Priez pour nous. » Ainsi, j’ai connu Notre-Dame de Lourdes avant de connaître l’endroit, avant de comprendre ce qu’était la foi, avant de formuler une prière par conviction.

Puis je suis arrivée en France. Ce pays m’a offert un foyer dans le sud-ouest, et c’est là que j’ai découvert que Lourdes était toute proche. J’étais près de la Sainte Mère, et mes pensées volaient sans cesse vers la mienne. Que ressentirait-elle si elle était à ma place ? Bordeaux n’était qu’à deux heures et demie de Lourdes. Je savais que j’y irais un jour. Et ce jour est venu.

C’était en mai 2014, le mois de Marie. Le soleil baignait les rues et les cœurs. De ce voyage, je ne retiens que la fatigue et la foule. Moi, qui n’arrivais pas à tout voir, j’étais à la fois étouffée par ce monde et subjuguée par la ferveur qui régnait sous ce ciel bleu, comme un voile tendu pour honorer la Vierge. Je ne me souviens pas si j’ai prié, ou peut-être que je l’ai fait sans en garder la trace. En revanche, je sais que j’ai pensé à ma mère. Comment ne pas le faire ? Ma mère a dédié toute sa vie à Marie. Parfois, je souhaiterais que cette relation soit tempérée, pour que nous puissions partager des moments de dévotion pure, entre nous.
À Lourdes, tout m’impressionnait. Tout était grand et grandiose. Je me sentais minuscule, à la fois présente et absente, comme une ombre parmi les pèlerins. J’y ai passé trois jours avec les paroissiens de Saint-Médard-en-Jalles, mais aujourd’hui, leurs visages se sont estompés dans ma mémoire.

Je suis retournée à Lourdes quatre ans plus tard, en novembre, avec quelques amis. Le ciel était gris, mais Lourdes était là, fidèle. Il n’y avait pas autant de monde que la première fois. En me comportant en touriste, je ressentis un vide, une sourde culpabilité, l’impression de profaner quelque chose de sacralisé en moi. J’essayais tant bien que mal de me concentrer sur la prière.

La troisième fois, c’était en juin 2021. L’église principale était en travaux. J’étais de passage dans les Hautes-Pyrénées avec une amie athée. Je lui ai demandé de faire un détour. J’ai salué Marie rapidement, avec gêne et pudeur. J’avais appris à être politiquement laïque, à ne plus exprimer ma foi avec ferveur, par peur de heurter d’autres croyances.

La quatrième fois, j’étais avec mon frère et ses amis. Nous avions visité Pau, puis Lourdes. Cette fois, j’ai pris le temps de prier, d’écrire mes intentions sur des bouts de papier. Je n’ai pas hérité de la ferveur de ma mère, ni de sa dévotion, mais je garde en moi ce respect, cette voix intérieure qui me fait rester, qui m’ancre.

La cinquième fois, un prêtre ami m’a proposé un week-end à Lourdes pour l’Assomption. Une place s’était libérée. J’ai embarqué avec lui et deux paroissiennes avec qui je partageais la chambre. Ce fut une belle expérience. Je voyais Lourdes de jour comme de nuit, je participais à la messe, à la procession, au chemin de croix et aux repas conviviaux. Il y avait du monde, mais cette fois-ci, il ne me faisait pas peur. Tout était différent. Pas de culpabilité, ni de ferveur surjouée. J’étais là, présente, authentique, heureuse d’y être.

Il est si doux de prendre la mesure de sa paix lorsque l’on laisse la peur de côté et que l’on embrasse la joie d’être humain. Faible, mais repentante. Faible, mais soutenue. Si près et si loin à la fois. Cette fois-là, j’étais moi. Je ne ressemblais en rien à ma mère, et j’en étais heureuse. La foi est singulière, unique. On ne peut pas forcer les gens à l’avoir, car personne ne la détient avec certitude.
Aimer Dieu librement, c’est s’abandonner à lui, le laisser nous aimer dans nos failles et nos fragilités. C’est explorer nos doutes, et, à défaut de le trouver dans les murs d’une église, le chercher au plus profond de notre cœur. C’est l’appeler comme bon nous semble, le questionner, le défier peut-être, mais toujours le garder près de nous, quoiqu’il advienne. C’est dans cette proximité intime et sincère que réside la véritable foi. Désormais, je passe ma vie à avancer, à chercher à être meilleure qu’hier, non par peur ou par obligation, mais par désir de laisser Dieu agir en moi. Car la foi n’est pas un poids, mais une lumière discrète qui guide mes pas, même dans l’obscurité.

Lourdes est un sanctuaire pour tous. Les véritables miraculeux sont ceux qui trouvent ce qu’ils ne savaient pas comment demander. Ceux qui s’étonnent, qui repartent avec un cœur en contemplation. Au fond, les miraculeux sont ceux qui, sans entendre beaucoup de la vie, la trouvent, la vivent, et s’y maintiennent. Qui sait ce que serait la vie si nous n’avions pas la foi, ne serait-ce qu’un tout petit peu ? Qui sait ce que serait notre existence sans cette belle folie qu’est la foi ? Peut-être est-ce elle, justement, qui nous permet de tenir debout, même lorsque tout vacille.

Écrit par Aliane UMUTONIWASE

Une réflexion sur “Voyage: Lourdes

  1. INNOCENT

    dans la profondeur du silence et de l’oraison, dans la joie de l’amour fraternel, dans la fécondité irremplaçable de la Croix. Sainte Marie, Mère des croyants, Notre-Dame de Lourdes, prie pour nous. Amen.”🙏🙏🙏

    Merci @parlonsdelavie.com

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