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Comme convenu, me revoici avec mon article hebdomadaire. Au départ, je n’avais aucune idée de comment introduire cette nouvelle formule. Devais-je continuer à écrire sur les voyages ou bien revenir à la poésie ? Rien ne semblait s’imposer jusqu’à ce jour. Cet après-midi, en feuilletant mes photos, celles prises la semaine dernière lors de mon passage à l’exposition au Bassin des Lumières sur le thème du “Petit Prince” , une idée m’est venue. J’ai repensé à mes renards : ces personnes qui, contre toute attente, m’ont apprivoisée et ont illuminé ma vie.
Ces rencontres m’ont fait aimer la France que je chéris aujourd’hui. Ce sont eux que je souhaite mettre à l’honneur dans cet article. Ce sont eux à qui je pense quand il s’agit de décrire la douceur de l’amitié et, surtout, la richesse infinie que porte la diversité humaine.
Il y a quelque chose d’infiniment poétique à se perdre dans la lumière des étoiles projetées sur les murs du Bassin des Lumières, lors de l’exposition dédiée au “Petit Prince”. Ce lieu magique, à la fois banal vue d’extérieur et génial vue d’intérieur, est une invitation à explorer les dimensions multiples de l’univers d’Antoine de Saint-Exupéry. C’est dans ce cadre enchanteur que j’ai repensé à mes propres renards…
Dans “Le Petit Prince”, le renard enseigne une leçon essentielle : « On ne connaît que les choses que l’on apprivoise. » Cette idée résonne en moi, car, au fil des années, j’ai rencontré des êtres qui ont éclairé mon chemin et qui, d’une manière ou d’une autre, m’ont apprivoisée.
Annie, ma rose
Il y a tant de choses sur lesquelles j’aurais pu miser pour décrire ma relation avec Annie, mais ce sont surtout nos débuts, en tant que professeure et élève, qui me marquent encore aujourd’hui. Elle était une enseignante passionnée, et moi, une élève souvent fatiguée par les études et le travail. Malgré tout, Annie illuminait nos cours par son franc-parler et ses expressions hilarantes, qui me faisaient toujours sourire.
À la toute fin de son enseignement, j’ai choisi de lui offrir un petit tableau où ma nationalité ne laissait aucun doute. Je voulais que, même si son cœur venait à tout oublier, ce tableau lui rappelle qu’il existait une élève qui, elle, ne l’oublierait jamais.
Quelques années plus tard, lors d’une émission sur mon pays, Annie se rappela de moi. Elle chercha, tant bien que mal, mon adresse email. Une fois qu’elle l’eut trouvée, elle ne fut plus simplement “ma professeure”. Elle devint Annie, mon amie.
Sans qu’elle le sache, elle m’a encouragée à suivre mes rêves, à toujours chercher le meilleur, à respecter tous les métiers et, surtout, à aimer la vie. Grâce à elle, j’ai appris à chérir les cathédrales, certaines histoires, et de nombreux livres. Annie est ma rose. « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. » Cette phrase lui est dédiée, car elle a su prendre le temps de m’apprivoiser et de me transmettre des leçons qui resteront gravées en moi.

Amandine, l’amie de l’aventure
Je l’ai souvent dit, et je le répète : je ne peux pas parler de voyage sans évoquer Amandine. Notre rencontre s’est faite dans les locaux de l’Établissement Français du Sang, au laboratoire d’ingénierie cellulaire. Nous étions toutes deux stagiaires, bien qu’elle, en apprentissage. Au début, nous ne nous parlions pas beaucoup. Mais un jour, nous avons parié sur je ne sais plus quoi, et voilà : l’une de nous devait un McDo à l’autre.
C’est ainsi que nous avons troqué nos blouses blanches contre des habits de tous les jours et entamé des conversations qui n’avaient plus rien à voir avec les cellules souches. J’ai découvert sa passion pour les chevaux et sa manière poétique de voir la vie, d’y planter des roses même dans l’adversité. Son amour pour le sport et son goût du risque nous ont fait traverser la France, cherchant l’adrénaline, les souvenirs, et des sommets toujours plus hauts.
Avec elle, j’ai appris à aimer la vie sous toutes ses facettes. J’ai laissé derrière moi certaines peurs irrationnelles, et j’ai découvert des horizons insoupçonnés. Que sais-je encore de tout ce que nous avons traversé ? Combien de richesses ai-je engrangées grâce à elle ? “Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part”. Avec Amandine, chaque aventure, aussi ordinaire soit-elle, portait cette promesse d’un trésor caché, d’un moment précieux à saisir.

Celino, l’ami de la résilience
Quiconque n’aime pas Celino, c’est juste qu’il ne l’a pas encore rencontré. Quiconque désespère de la vie, c’est qu’il ne l’a pas traversée avec Celino. Et quiconque est triste, c’est qu’il n’a pas encore trouvé son Celino.
Celino m’a donné plus que je ne pourrais jamais écrire. Il m’a enseigné la résilience comme personne d’autre n’aurait pu le faire. Nous nous sommes connus à une période où je cherchais à m’émanciper de mes parents et à prendre mon envol financièrement. J’étais étudiante et souhaitais travailler. C’est ainsi que je suis devenue auxiliaire de vie et qu’il a émergé dans ma vie.
À l’époque, je ne savais pas que, tout en apprenant à communiquer avec lui, un monde entier s’ouvrirait à moi. Avec lui, j’ai découvert ce que signifiait vraiment vivre avec un handicap. Celino m’a appris l’héroïsme d’un être qui n’a jamais laissé la maladie, la douleur, ou la souffrance l’empêcher de vivre pleinement.
Avec Celino, j’ai volé, survolé, et aimé la culture, le cinéma, la gastronomie, la dérision, la patience, la persévérance, l’abnégation, et surtout, l’amitié authentique et véritable. Les années passent, le monde change, les saisons se succèdent, mais, même sur un lit d’hôpital, Celino m’envoie toujours un texto : “Ma très chère Aliane, comment vas-tu ?” Si je ne maudis pas la vie, si je ne m’apitoie pas sur mon sort, dites-vous bien que j’ai simplement la chance d’avoir Celino dans ma vie. “Tâche d’être heureuse”, me dit-il et me dirait, me souhaite et me souhaiterait toujours.

Un mot Merci
Avec mes trois renards, je mesure toute la richesse de l’amitié et de cette diversité humaine dont j’ai parlé au début. Comme le disait si bien le renard au Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Et surtout : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

Écrit par Aliane UMUTONIWASE
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