Il y a deux semaines, mes amies m’ont organisé un enterrement de vie de jeune fille. C’était drôle. Heureux. Bruyant parfois. Tendre aussi. Deux jours à rire, parler, danser, se souvenir et regarder la vie avancer sous mes yeux sans que je puisse encore tout à fait la retenir. Puis il y eut le retour. Le silence après la fête. La route. Et moi avec mes pensées.
J’ai repensé à ces deux journées, à l’amour, à la vie, à la femme que je deviens lentement, presque malgré moi. J’ai pensé surtout à celle que j’étais hier.
À ce qu’elle voudrait encore me dire pour que je ne cesse jamais d’exister entièrement dans la femme que je m’apprête à devenir.
Voici donc mon article du mois de mai:
À la jeune fille que j’enterre en comprenant que je n’en suis plus une.
À la femme que j’approche avec tendresse et méfiance, comme une terre inconnue.
À l’enfant que je quitte en le suppliant de ne jamais me quitter tout à fait.
À la vie qui se renouvelle.
Aux désirs nouveaux qui viennent troubler les anciens.
À toi qui croyais encore, sans vraiment te mentir, à la beauté d’une bougie solitaire.
À toi qui aimais la solitude au point d’en faire une maison.
À toi qui regardais la trentaine sans peur, parce que tu n’attendais personne.
À toi qui priais pour une liberté amputée d’amour afin de ne jamais souffrir de sa perte.
À toi qui rêvais pourtant, en silence, d’une famille.
À toi qui fus moi. À moi qui me souviens encore de toi.
Je me rappelle du chemin qui m’a menée jusqu’à cette étrange trahison, celle de renoncer à certaines solitudes sans avoir le sentiment de me renier.
Toi qui as tant aimé être seule, te voici consentir à une vie à deux.
Toi qui as tant défendu ta liberté, te voici apprendre qu’aimer exige parfois quelques renoncements.
Toi qui aimais la bougie, te voici embrasser le soleil.
Te voici fidèle malgré tout à certaines promesses d’hier, celle de construire avec un autre.
Te voici avec des défauts inconnus jusque-là, révélés par ce territoire étrange qu’est le commencement d’un “nous”.
Te voici attendre de quelqu’un, et de toi-même, ce que jadis tu n’attendais de personne.
Te voici déçue parfois.
Te voici aimer maladroitement celui que tu attendais peut-être depuis longtemps. L’aimer mal parfois. L’aimer comme on aime lorsqu’on a longtemps vécu seule, avec trop de peur, trop d’orgueil, trop de silences.
Et pourtant être aimée malgré cela.
Te voici épouse d’un homme imparfait qui n’a pas peur de tes imperfections.
Te voici te rendre à la vie, encore une fois.
Te voici dire à l’enfant que tu fus : “Tu vois… tout cela avait peut-être un sens.”
Te voici demander à la femme que tu deviens de toujours chercher ce sens lorsque la vie cessera d’être douce.
Te voici remercier la jeune fille que tu enterres aujourd’hui.
Te voici devant la mer, rêveuse, en pensant à la mère que tu aimerais devenir.
Te voici regarder tes maladresses avec davantage de tendresse que de honte.
À toi à qui l’on a promis une moitié, je souhaite de ne jamais cesser d’être entière.
À toi à qui l’on a appris que l’amour se prouve par ce qu’il coûte et que ce coût, naturellement, te revenait.
À toi qui es tombée amoureuse et qui as découvert, en tombant, qu’à deux on tient debout autrement qu’on ne tient seule.
Souviens-toi parfois de la jeune fille que tu enterres aujourd’hui.
Ne laisse pas la femme la trahir.
Que le passé ne vienne pas empoisonner demain.
Que tu aimes sans te mentir.
Que tu pardonnes sans te trahir.
Que tu partages sans qu’on te l’ordonne.
Que tu te donnes sans qu’on t’y oblige.
Et surtout, puisses-tu devenir femme sans cesser d’être toi.
Écrit par Aliane UMUTONIWASE
Magnifique .Aliane, tu changeras bien sûr mais tu resteras aussi toujours toi