Nous ignorions le sérieux de la vie.
Ce flou nous rendait les rêves possibles, atteignables, accessibles, réalisables.
Nous étions dans la force de l’âge, ce qui réduisait au néant la peur de mourir.
Nous étions malléables, changeants ce qui faisait du champ des impossibles un terrain d’aventures.
Nous n’étions pas mûrs et ne prétendions pas l’être, nos erreurs devenaient acceptables.
Nous étions heureux, seulement nous l’ignorions.
La vie était devant nous, jamais derrière.
L’avenir avait quelque chose de rassurant, une promesse à tenir.
Le passé, si insignifiant, devenait presque supportable.
Nous étions des papillons : nous pouvions mourir et redevenir chenilles.
Il n’y avait pas de tombe pour nous.
De notre vivant, nous ne pouvions pas mourir, seulement mûrir.
Mais la vie qui passe a quelque chose de cruel.
Elle rend nos absurdités définitives, nos connaissances des barrières, nos conditions sociales des remparts.
Il y a quelque chose de sinistre dans cette certitude :
Croire que nous n’avons plus l’âge.
Ni la rage de vaincre.
Ni la présence des anges pour nous convaincre.
Il y a quelque chose de radical chez les adultes qui se croient trop adultes pour encore vouloir changer.
Qui espèrent qu’on accepte d’eux ce qui aurait pu être éradiqué.
Il y a quelque chose de funeste chez ceux qui ont renoncé à la folie du moment,
aux plaisirs de la vie,
à la surprise des dieux,
au charme de l’incertain.
Parfois, je fuis ceux qui me disent qu’à mon âge, je n’ai plus l’âge.
D’autres fois, je les suis, par peur qu’ils n’aient raison.
Parfois, je suis dans la certitude de ce qui ne peut l’être.
La vie n’a rien de certain, seule la mort l’est.
Et encore, faut-il être mourant.
Quant aux mortels que nous sommes, nous n’avons pas encore notre sentence.
Et ne pas le savoir nous rend vivants
immortellement confiants,
détenteurs de l’avenir.
La vie n’est belle et sans nuage nulle part.
La vie est ce qu’elle est :
Souffle et souffrance,
Plaisir, désir,
Saut, sentiment.
Elle est promesse.
Elle n’est pas tout à fait obligatoire tant il y a de morts-vivants.
Elle est une chance pour ceux qui, à défaut de se croire privilégiés,
se sentent complices de ses joies,
de ses caprices,
de l’odieux et des adieux qu’elle inflige,
du laid, de l’atroce qu’elle afflige.
Mais aussi de la douceur qu’elle procure,
de l’espoir qu’elle insinue dans chaque douleur,
de l’immortalité qu’elle offre chaque fois que demain se répète,
et se multiplie.
Écrit par Aliane UMUTONIWASE