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La beauté est ce qu’elle est

Et je suis devenue femme sans la joie de l’être. Peut-être que je plaisais,  je ne le croyais pas. Peut-être que j’étais belle,  mais jamais jolie. Ou peut-être les deux, dans les yeux des autres. Mais ces regards ne m’incluaient pas. Je restais en dehors du jeu, en dehors de cette légèreté, cette jouissance subtile qu’offre l’assurance d’être belle, quand on l’a su très tôt, quand on l’a intégré comme un droit, et non comme une faute. J’ai compris plus tard, en désapprouvant ce que j’avais cru, qu’on ne détourne pas les yeux de ce qui passe. Au contraire. C’est parce que la beauté est éphémère qu’il faut la voir, la reconnaître tant qu’elle nous traverse. La chérir avant qu’elle ne s’efface. S’aimer à tous les âges. Parfois pour ses formes. Parfois pour sa lumière. Parfois pour ce que l’on dégage. Parfois pour ce que le corps accomplit, malgré toutes les peines.

À la Une water drop photo

Fragments du mois de juin

On dit qu’il faut reculer pour mieux sauter. Je dis qu’il faut souhaiter que la chute ne brise pas nos côtes et que le saut ne nous fasse pas oublier le recul qui l’a rendu possible avec grâce. On peut prévoir, forcer, espérer… mais les choses n’arrivent que lorsqu’elles le doivent. Et souvent, c’est après l’attente, le doute ou le détour, que l’évidence surgit. Une vie sans but n’est pas nécessairement douloureuse, mais seule une vie avec un but peut retenir un monde qui menace de s’effondrer. La vie n’est pas une ligne. Elle est informe. Nous passons notre temps à la formuler, la reformuler, lui donner un sens, une forme à laquelle s’accrocher. La vie est vaste, infinie, impossible avec une infinité de possibles, et possible avec une infinité d’impossibles.

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Ce que les pères construisent quand ils restent

Aux pères qui se manquent de temps en temps, Mais aux pères toujours présents. Aux pères qui pleurent sans larmes pour ne pas alarmer. Aux pères qui concèdent leur fragile participation dans la conception, Mais qui ne reculent devant rien dans la construction, Dans l’éducation, dans la vie de leurs progénitures. Aux pères-repères, Aux pères représentants, Aux pères-mères, Aux pères époux, Aux pères aimants, Aux pères endeuillés, Aux pères adoptifs, Aux pères sans enfants, Aux pères qui font les hommes et défont l’injustice, Aux pères qui donnent un nom sans effacer celles qui donnent la vie.

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Fragments du mois de mai 

Plus je grandis, plus je sens que la partie la plus ancienne de moi, c’est l’enfance. Comme si l’enfant que j’étais contenait déjà tout ce que je suis. Il m’observe encore, depuis ce passé immobile, avec une sagesse étrange. L’enfant en moi est vieux , vieux de toutes les questions que je n’ai jamais cessé de me poser. Une vie ne tient pas seule. Elle s’appuie, elle s’entrelace, elle s’allume au contact d’autres vies. Le partage ne fait pas que relier : il révèle, il élève. Ceux qui comprennent cela savent que donner, c’est parfois la plus belle façon d’exister. Ce qui se termine prépare, consciemment ou non, l’arrivée de ce qui vient.

À la Une La falaise Jules Breton , Musée d'Orsay

Poésie: Il y a de l’espoir, oui…

La semaine dernière, je me suis arrêtée sur ces phrases toutes faites que l’on prononce sans vraiment y penser.Celles que l’on glisse dans les silences, parce qu’elles sonnent bien, parce qu’elles réconfortent ou qu’elles évitent d’avoir à creuser. Elles sont parfois belles, parfois faciles, parfois cruellement à côté. Parmi elles, il y avait cette maxime …

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Poésie: Pour ma mère

Maman, Je t’aime pour ton toit de corps, Je t’aime pour ton amour encore. Je t’aime pour mes premiers pas, Pour tous les « je n’ai pas eu », Que tu m’as transformés en « tu auras ». Je t’aime pour les promesses tenues, Pour ce que tu as ébranlé, Pour me verser dans ce monde peuplé d’inconnus. Merci d’être mère, Merci d’être ma mère. Pour ce qui est du tort, Rien ne saurait contraindre mon sort : Celui de t’aimer non chaque jour, Mais pour toujours.

À la Une Parlons de la vie

Fragments du mois d’Avril

14 La vie est un don dont seuls ceux qui ont connu les abîmes jouissent pleinement. Il y a de la beauté dans le fait d’escalader une montagne, de contempler le chemin à parcourir, de comprendre que rien ne sert de courir sinon de mourir sans avoir connu les joies des détours, des retours, des reprises. C’est la somme des espoirs, des désespoirs, de la difficulté, du chemin, qui fait la qualité du bonheur. Le bonheur qui perdure, c’est celui qu’on a connu à l’issue d’un combat, après plusieurs défaites. La chance sourit aux malchances… et se cache des habitués du plaisir sans effort. 21 L’amitié, c’est cela : aimer comme une évidence, tout ressentir sans honte ni ressentiment. Tout dire, redire. L’amitié, c’est un amour sans gêne, sans âge, aux mille visages, aux mille libertés. Seule la trahison en est l’ennemi numéro un. 29 La vie tient à peu de choses : un corps, un esprit, quelques certitudes, quelques contradictions et doutes. Un équilibre fragile. Un équilibre tellement fragile.

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Lundi de mémoire, Lundi de foi

Ayant grandi dans la foi catholique, j’accueille cette semaine avec une intériorité plus vive qu'à Noël ou toute autre fête, elle me touche. Peut-être parce qu’elle met à nu l’humanité, dans ce qu’elle a de fragile, de traître, de fidèle, d’héroïque parfois. Dans la Passion de Jésus, je ne me projette pas en lui. Je me reconnais dans ceux qui l’entourent, le condamnent, le soutiennent, l’abandonnent. Je suis Pierre, qui l’a renié trois fois (Luc 22, 61). Je suis Jean, qui l’a suivi de loin jusqu’à la croix (Jean 19, 26-27). Je suis Judas, qui l’a trahi d’un baiser (Matthieu 26, 47-50). Je suis Simon de Cyrène, contraint mais présent, qui l’aidait à porter la croix (Luc 23, 26). Je suis la foule, changeante, qui criait : « Crucifie-le ! » (Luc 23, 21). Je suis Pilate, lâche, lavant ses mains mais non sa conscience (Matthieu 27, 24). Je suis Véronique, selon la tradition, qui essuie un visage plein de sang. Je suis Marie, silencieuse, debout dans la douleur. Je suis ces femmes à qui Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi. Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants. » (Luc 23, 28). La Semaine sainte me révèle à moi-même. Elle met à nu mes manques, mes fuites, mes élans aussi. L’acte du Christ m’émeut, me dépasse, me redonne souffle. Même sans être croyant, il me semble qu’on peut y voir une histoire belle, tragique, profondément humaine et, peut-être, une forme d’espérance.

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En ce 7 Avril 

Je pense à mon peuple,   À ceux qui ont cru qu’ils seraient sauvés.   Je pense à un pays englouti dans l’obscur,   À l’héritage que nous portons à jamais.   Et je me dis :   Dans ce monde où chaque jour exige un choix,   Je ferai toujours celui de l’amour.   C’est peu, à l’échelle de l’histoire.   Mais ce peu, il y a 31 ans,   Aurait pu suffire à changer tant.