Une prière en passant

Samedi 21, je passais par Angoulême. Je ne connaissais rien de cette ville, sinon qu’elle n’était pas bien loin de Bordeaux.
Ce matin-là, j’ai appris qu’elle était une ville de dessin, d’images, de bulles. À la gare, une obélisque était même dédiée à cette vocation.
Je pris le temps de lire quelques citations, de photographier les détails, de respirer l’air encore doux de 9h30.
Il commençait à faire chaud. Je décidai malgré tout de grimper vers la cathédrale.
Mais avant d’y parvenir, dans le calme d’un quartier historique, mes pas m’ont conduite vers une autre église Saint-Martial, je crois.
Elle était ouverte. Vide. Fraîche.
J’y suis entrée. Et je m’y suis sentie bien.
Les mots sont venus presque immédiatement, comme des réponses à des questions que je n’avais pas encore formulées.
Pourquoi cet endroit ne m’abandonne-t-il jamais ? Pourquoi ce silence me tient-il debout, encore et encore ?
Dans cette église sans fidèles, j’ai repensé à cette fidélité que je lui voue  à Dieu malgré les doutes, malgré les théories, malgré le chaos parfois, malgré l’incompréhension.
C’est là que j’ai écrit ce texte.
Pour moi, d’abord.
Pour mes versions passées.
Mais aussi pour vous.
Vous qui me lisez.
Vous qui croyez à peine.
Ou pas du tout. ce texte est pour vous :

Ce matin-là, à Angoulême, j’ai poussé la porte d’une église vide.
Il était dix heures. L’endroit était calme, presque abandonné,
et pourtant, j’y ai trouvé plus de présence que dans bien des foules.
Je me suis assise.
Et dans ce silence habité, quelque chose en moi s’est apaisé.

Je n’ai ni preuves, ni chiffres, ni certitudes béton.
Je ne peux pas vous emmener sur Mars comme Elon Musk.
Je ne peux pas démontrer, convaincre, prouver.
Tout ce que j’ai, c’est cette foi discrète qui m’accompagne comme une respiration
et ce silence, justement, qui parle à ma place.

Ce que je sais, c’est que lorsque la vie me cogne,
que je me sens jugée, oubliée ou seule,
je tombe. Mais pas n’importe comment :
je tombe « en Lui ».

Ce Dieu que l’on moque parfois, ou que l’on relègue au passé,
je le tiens pour un repère. Un père. Une chaleur.
Pas une garantie de miracles,
pas une assurance tous risques,
mais une présence qui m’aide à tenir debout quand plus rien ne tient.

Je n’ai ni vision, ni événement spectaculaire à raconter.
Seulement une lumière qui ne s’explique pas,
mais qui éclaire.
Et cette paix douce, obstinée, qui surgit parfois au creux du doute.
L’absence de preuve n’efface pas la présence.

Alors je suis restée là, un moment, dans cette église sans bruit,
et j’y ai déposé ce qui me pesait.
Mes questions. Mes charges invisibles. Mes lassitudes.
Quand je suis sortie, je ne dirais pas que tout avait changé,
mais j’étais un peu plus légère.
Moins de larmes. Moins d’orage en moi.

Croire, dans ce monde qui tremble,
me semble parfois être la seule chose
qui tienne encore debout.

Je ne parle pas pour convaincre.
Je trébuche souvent, vous savez.
Je ne me tiens pas sur une montagne de certitudes.
Je suis traversée de doutes, moi aussi.
Et je ne juge pas ceux qui doutent,
ni ceux qui croient autrement.
Je témoigne seulement, à ma manière,
que dans un monde libre de croire ou non,
« j’ai choisi de croire. »

Et si, un jour,
vous passez devant une église vide, entrez.
Pensez à moi.
Ou même, si vous apercevez sur une carte un petit clocher,
et que la douceur de ses pierres vous émeut sans raison,
pensez à moi.
Parce qu’à mes yeux,
cette pensée offerte, silencieuse, sans attente,
c’est cela, déjà, « une prière. »

Pour conclure, ce jour-là, je n’ai rien prouvé.
Je n’ai pas répondu aux grandes questions, ni éclairci le mystère. Mais j’ai écrit.
Et ce que j’ai écrit ce jour-là, dans cette église vide d’Angoulême,
c’est peut-être l’une des choses les plus vraies que je pouvais dire.
Je ne crois pas par bravoure,
ni par héritage (quoique un peu),
ni pour avoir raison.
Je crois parce que, dans mes silences, quelque chose tient. Quelque chose aime. Quelque chose espère.
« Croire n’est pas prouver : c’est tenir. Aimer malgré tout. Espérer quand même. » ai-je noté dans mon carnet.

Écrit par Aliane UMUTONIWASE

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